Arrêtons d’enseigner la grammaire aux enfants de 7 ans (ils s’en fichent et vous devriez en faire autant)

Le regard dans le vide versus le croissant

Imaginez deux salles de classe. Dans la première, une enfant de 7 ans fixe un tableau de conjugaison comme s’il venait d’insulter sa famille. Les terminaisons des verbes dansent devant ses yeux. Techniquement, elle est en train « d’apprendre le français ». Mais, intérieurement, elle est aussi (discrètement) en train de mourir d’ennui.

Dans la seconde salle de classe, cette même enfant se tient derrière un comptoir en carton, coiffée d’une petite charlotte en papier, et négocie l’achat d’un croissant imaginaire avec sa meilleure amie, qui prend un accent français complètement exagéré. Elle utilise « je voudrais » sans savoir ce qu’est un verbe, sans savoir ce que signifie « le conditionnel », et sans s’en soucier le moins du monde. Elle veut juste le croissant.

Devinez laquelle des deux enfants se souviendra vraiment de cette expression mardi prochain ?

 

Pourquoi les tableaux de grammaire ne font pas le poids face aux boulangeries imaginaires

Voici un secret pédagogique qui est pourtant évident : les jeunes enfants n’apprennent pas une langue de la même manière que les adolescents ou les adultes. Ils ne construisent pas leur connaissance de la langue à partir de règles. Ils l’assimilent en l’utilisant.

  1. Mémoire implicite vs. explicite. Les enfants de moins de 10 ans sont particulièrement doués pour l’apprentissage implicite : ils assimilent des structures et des habitudes grâce à une exposition répétée et porteuse de sens. En revanche, ils sont beaucoup moins à l’aise lorsqu’il s’agit de mémoriser consciemment des règles. Demander à un enfant de 7 ans d’appliquer consciemment une règle de grammaire, c’est un peu comme demander à un poisson d’expliquer l’hydrodynamique avant de nager.
  2. La langue est sociale, pas mathématique. Pour un jeune enfant, la langue n’est pas un système abstrait de règles du type « si… alors… ». C’est un outil pour obtenir quelque chose : attirer l’attention, obtenir un croissant, gagner une partie ou faire rire un ami. Si vous retirez la dimension sociale, vous retirez aussi une bonne partie de la motivation à retenir ce qui a été appris.
  3. L’anxiété nuit à l’apprentissage. Les exercices de grammaire sont souvent associés à la peur de « se tromper ». Or, la peur réduit précisément les capacités cognitives dont l’apprentissage des langues a besoin pour fonctionner pleinement.

 

Tricher avec le système (volontairement)

Alors, si les tableaux de grammaire ne sont pas le bon outil, quel est le bon ? Le jeu. Plus précisément, le jeu structuré : un jeu avec juste assez de cadre pour que la langue s’infiltre discrètement pendant que l’enfant est occupé à s’amuser.

C’est exactement le rôle des modules de découverte des langues et des cultures de Globetrotters. Chaque module transforme une rencontre avec une langue en mission : un marché où il faut négocier, un mystère à résoudre, un personnage à incarner. Ajoutez quelques jeux de rôle ou des marionnettes et, tout à coup, votre salle de classe se retrouve peuplée de personnages qui parlent « uniquement » la langue cible. Les enfants doivent alors l’utiliser pour faire avancer l’histoire, et non pour réussir un quiz.

Le résultat ? La langue n’est pas simplement enseignée. Elle est vécue à travers une succession de situations aussi absurdes que joyeuses.

À vous de jouer

Prêt à troquer le tableau de grammaire contre une charlotte en papier ? Découvrez les modules Globetrotters avec votre classe, ou téléchargez le Guide des enseignants pour découvrir concrètement comment transformer votre prochain cours en aventure plutôt qu’en corvée.

 

Références

Ellis, N. C. (2005). At the interface: Dynamic interactions of explicit and implicit language knowledge. Studies in Second Language Acquisition, 27(2), 305 to 352.

Council of Europe. (2020). Language education policy: Early language learning and the Common European Framework of Reference for Languages.

Nikolov, M., and Mihaljević Djigunović, J. (2011). All shades of every color: An overview of early teaching and learning of foreign languages. Annual Review of Applied Linguistics, 31, 95 to 119.