Pourquoi nous devons parler de patrimoine dans l’éducation primaire

Le patrimoine culturel est souvent vu à tort comme une collection d’anciens monuments ou des objets poussiéreux exposés dans les musées. Cependant, les sources révèlent qu’il s’agit d’un bien commun qui requiert une stratégie de formation continue dès les premières années de vie scolaire. (Achille & Fiorillo,  2022). Parler de patrimoine dans l’éducation primaire n’est pas qu’une tâche secondaire. C’est un point essentiel pour aligner les écoles avec l’Agenda du Développement Durable de 2030, tout particulièrement avec les objectifs d’éducation de qualité et de création de communautés durables (Achille & Fiorillo, 2022). 

 

Par ailleurs, une étude en 2017 a montré que 88 % des citoyens européens s’accordent à dire que le patrimoine devrait être enseigné dans les écoles car cela explique notre histoire et notre culture (Commission Européenne, 2024). L’une des principales raisons d’intégrer le patrimoine à l’enseignement primaire réside dans sa capacité à favoriser une pédagogie active (Achille & Fiorillo, 2022). Plutôt qu’assister à des cours magistraux, les enfants peuvent apprendre grâce à des expériences concrètes et une analyse des biens culturels (Commission Européenne, 2024). 

Des études montrent que quand les élèves du primaire s’intéressent au patrimoine, les résultats sont immédiats : ils acquièrent rapidement des connaissances conceptuelles solides, parvenant à identifier les noms et lieux des sites locaux et leur vocabulaire s’enrichit rapidement, puisqu’ils acquièrent des termes architecturaux spécifiques pour décrire leur environnement (Achille & Fiorillo, 2022). Par exemple, en utilisant une carte pour suivre un chemin ou jouer à des jeux éducatifs, les élèves améliorent leur sens de l’orientation et leur pensée critique (Achille & Fiorillo, 2022). Les jeux, tout particulièrement, constituent un moyen motivant de sensibiliser le public (Castro-Calviño,  Rodríguez-Medina, & López-Facal,  2020). Un outil spécifique mentionné est le jeu “Detective a Laorca”, qui utilise des énigmes pour aider les enfants à découvrir les éléments architecturaux (Achille & Fiorillo, 2022). Pareillement, dans le programme scolaire primaire de la Malaisie (KSSR), les jeux traditionnels tels que le konda kondi sont utilisés en Education Physique pour préserver le patrimoine local (Barghi et al, 2017). Ces activités montrent que nous pouvons enseigner grâce au patrimoine, utilisant les biens culturels comme un moyen amusant et interdisciplinaire pour apprendre divers sujets comme l’histoire, l’art, et même la santé physique (Barghi et al, 2017).  

 

Il s’agit là précisément de l’objectif poursuivi par notre projet Erasmus+, un consortium de quatre pays baptisé “The Globetrotters.” En développant des supports pédagogiques originaux ancrés dans des contextes du quotidien – tels que les sorties au restaurant, dans les musées ou les promenades dans le parc – l’initiative élabore des scénarios d’apprentissage porteuses de sens qui intègrent l’éducation du patrimoine culturel en des situations familières du quotidien. Ce faisant, cela facilite la transposition pédagogique de concepts culturels abstraits en des situations accessible et concrètes pour les élèves du primaire, améliorant à la fois leur intérêt et leur compréhension (https://globetrottersproject.eu). 

 

Au-delà des résultats scolaires, l’éducation patrimoniale est vitale pour la construction de l’identité. Dans le primaire, les enfants commencent à passer d’une vision étroite d’eux-mêmes à une conscience du patrimoine plus large (Martínez-Rodríguez & Fontal, 2020). Ce procédé les aide à développer un sens civique et une attitude proactive envers la protection de leur environnement (Achille & Fiorillo, 2022). En découvrant le passé, les enfants développent une perspective interculturelle qui favorise une société plus juste et inclusive (Martínez-Rodríguez & Fontal, 2020). Ils apprennent à valoriser la diversité et se rendent compte qu’ils font partie d’une communauté scolaire qui s’étend du niveau local à l’international (Martínez-Rodríguez & Fontal, 2020). 

 

Malgré ces avantages, il y a un écart assez large entre ce que le programme scolaire requiert et l’entraînement que les enseignants reçoivent (Martínez-Rodríguez & Fontal, 2020). Beaucoup de professeurs du primaire ont une vision partielle du patrimoine car seulement 31,1 % d’entre eux ont reçu des cours de patrimoine durant leurs années universitaires (Jiménez, Cuenca & Ferreras, 2010). Ce manque d’entraînement crée des barrières épistémologiques, rendant la tâche compliquée pour les enseignants de comprendre comment enseigner ces sujets complexes efficacement (Jiménez, Cuenca & Ferreras, 2010). Sans une attention particulière, le patrimoine est souvent traité comme une simple “solution provisoire” plutôt que comme un élément central de l’éducation (Comité du Parlement Européen sur la Culture et l’Education, 2018).  

Pour s’assurer que nos enfants grandissent pour devenir des gardiens responsables de notre mémoire collective, nous devons combler cet écart. Le patrimoine est une ressource importante pour la croissance économique et la cohésion sociale, soutenant des millions d’emplois et contribuant à la revitalisation des communautés (Commission Européenne, 2024). En mettant le patrimoine au cœur de l’éducation primaire à travers les jeux, les études et l’engagement communautaire, nous apportons aux élèves les compétences sociales et civiques dont ils ont besoin au 21ème siècle (Castro-Calviño,  Rodríguez-Medina, & López-Facal,  2020). Seul ce qui est vraiment reconnu et valorisé par nos enfants peut être protégé et préservé pour les générations futures (Martínez-Rodríguez & Fontal, 2020).