Le miroir : pourquoi un enfant a besoin de voir les autres pour se voir vraiment lui-même

Nous voulons tous que nos enfants soient confiants. Nous voulons qu’ils sachent d’où ils viennent et qu’ils connaissent leurs fêtes, leur cuisine, les histoires familiales, leur langue. C’est bien. C’est nécessaire. Mais voici une vérité que de nombreux parents ignorent : un enfant ne peut pas vraiment reconnaître sa propre culture s’il n’en a pas vu d’autre.

Pensez-y. Un poisson ne sait pas qu’il est dans l’eau jusqu’à ce qu’il saute hors de l’eau. Un enfant qui ne connaît que sa propre façon de vivre ne réalise pas que sa façon est une façon, pas la façon. Il mange la soupe de sa grand-mère et pense : « C’est juste de la soupe. » Il célèbre ses fêtes et pense : « C’est juste ce que font les gens. » Il ne s’arrête jamais pour demander : « Pourquoi faisons-nous ça ? Qu’est-ce qui rend cela spécial ? »

Mais quand un enfant découvre une autre culture – quand il voit un enfant en Inde manger avec ses mains ou un enfant en Italie faire une pause déjeuner de deux heures ou encore un enfant au Japon s’incliner devant son professeur – quelque chose se produit. Soudain, ses propres habitudes ne sont plus invisibles. Il commence à poser des questions. « Attends, tout le monde ne mange pas la soupe avec une cuillère ? Tout le monde ne fête pas les anniversaires avec un gâteau ? Tout le monde ne dit pas merci de la même façon ? »

C’est ça, le super-pouvoir. Pas d’apprendre des faits sur des pays lointains. Mais d’apprendre à voir sa propre vie comme une belle option parmi d’autres.

Quand les enfants grandissent en ne voyant que leur propre culture, deux mauvaises choses se produisent. Premièrement, ils pensent que leur façon est la façon « normale » et que toute autre façon est « bizarre ». Cela mène à l’ignorance au mieux, et aux préjugés au pire. Deuxièmement, ils ne développent jamais la curiosité. Un enfant curieux demande : « Pourquoi font-ils ça ? » Un enfant fermé dit : « C’est stupide. »

Mais voici la belle partie. Quand vous apprenez à un enfant à voir les autres cultures, vous ne perdez pas la vôtre. Vous l’approfondissez. Un enfant qui apprend le Ramadan rentre à la maison et demande : « Pourquoi jeûnons-nous à Yom Kippour ? Pourquoi fêtons-nous Noël ? » Vous pouvez expliquer. Vous pouvez partager. Vous pouvez dire : « Voilà ce que nous faisons, et voici pourquoi c’est important. »

Les autres cultures ne sont pas une menace pour les traditions de votre famille. Elles sont un miroir. Et dans ce miroir, votre enfant voit enfin clairement son propre héritage pour la première fois.

Vous n’avez pas besoin de parcourir le monde pour enseigner cela. Vous n’avez pas besoin de livres coûteux ou de programmes sophistiqués. Vous avez juste besoin de petites habitudes quotidiennes qui montrent à votre enfant : « Notre façon est bonne. Leur façon est aussi bonne. Regardons les deux. »

Voici quatre façons simples de commencer dès aujourd’hui.

1. La conversation autour du repas

Un mot pour les enseignants : nous nous adressons ici aux parents. La prochaine fois que vous mangez en famille, demandez à votre enfant : « Comment penses-tu que se passent les repas en France ? Et pour les enfants en Éthiopie ? » Cherchez ensemble. Vous découvrirez peut-être que les enfants français dînent à 20h. Les enfants éthiopiens mangent avec un pain éponge appelé injera plutôt qu’une fourchette. Puis demandez : « Pourquoi utilisons-nous des fourchettes ? Pourquoi mangeons-nous à 18h ? » Soudain, votre table devient une salle de classe sur votre propre histoire.

2. La comparaison des fêtes

A chaque saison, choisissez la fête correspondante dans une autre culture. Apprenez-en une seule chose : pas toute l’encyclopédie, juste une chose. Diwali, Nouvel An lunaire, Hanoukkah, Aïd. Demandez : « Que célèbre cette fête ? Et notre fête similaire ? » Vous ne vous convertissez pas. Vous comparez. Et la comparaison crée la clarté.

3. Le jeu des salutations

Apprenez à votre enfant comment les enfants se saluent dans trois autres pays. Chez nous, on fait la bise. Au Japon, on s’incline. Au Kenya, certains groupes sautent en guise de salutation. Puis demandez : « Comment saluons-nous dans notre famille ? Une poignée de main ? Un câlin ? Pourquoi le faisons-nous ainsi ? » Votre enfant réalisera que même un simple geste de bonjour porte une signification.

4. La règle « Pas bizarre, juste différent »

Faites-en une règle à la maison. Chaque fois que votre enfant dit « C’est bizarre » à propos d’une autre culture, faites une pause et dites : « Pas bizarre. Juste différent. Essayons de comprendre pourquoi ils font ça. » Faites ensuite pareil pour votre propre culture. « Tu sais, quelqu’un d’un autre pays trouverait peut-être notre façon bizarre aussi. Expliquons-lui pourquoi nous le faisons. »

En conclusion

Vous n’essayez pas d’effacer la culture de votre enfant. Vous essayez de lui faire tomber amoureux de celle-ci en lui montrant ce qui existe ailleurs. Un enfant qui ne connaît qu’une culture ne la connaît pas vraiment. Il y nage simplement sans lever les yeux. Un enfant qui a vu dix cultures ? Cet enfant peut regarder sa propre table, ses propres fêtes, ses propres habitudes familiales et dire avec une fierté sincère : « Voilà qui nous sommes. Et je comprends pourquoi c’est important. »

Ce n’est pas seulement de la pédagogie académique. C’est aussi l’art d’être parent. Et ça fonctionne.